À La Mouvance, Centre de femmes, on a décidé de se doter d’un mandat de grève et de prendre part au mouvement Le Communautaire à boutte. Pourquoi? Parce qu’on n’en peut plus de tenir le filet social à bout de bras pendant que notre travail reste sous-financé, sous-estimé et trop souvent invisible.
Né du terrain, au cœur du milieu communautaire, ce mouvement a vu le jour en Mauricie. Il vise à dénoncer une réalité que nous vivons toutes et tous : l’épuisement des organismes, le sous-financement chronique et la précarité dans laquelle les équipes tentent de répondre à des besoins toujours plus grands. Ces conditions fragilisent notre capacité collective à remplir pleinement notre mission et à offrir des services accessibles, humains et de qualité aux femmes que nous accompagnons.
On croit fermement que la force collective de Shawinigan et de Mékinac peut devenir un exemple inspirant. Oui, ici, chez nous, il faut que ça parte du terrain. Montrer la voie, localement. Une grève bien pensée, ancrée dans nos communautés, ça peut vraiment faire bouger les choses.
Le communautaire, c’est pas juste une vocation ou une passion. C’est du vrai travail. Des compétences. De l’expertise. Des équipes qui soutiennent, accompagnent, protègent et créent du lien chaque jour. Nos conditions de travail comptent. Nos missions comptent. On mérite une reconnaissance réelle, un financement à la hauteur de ce qu’on fait, des équipes à la hauteur de nos besoins et des conditions de travail décentes.
Les principales revendications portées par ce mouvement sont claires et essentielles :
- un financement récurrent et adéquat à la mission des organismes ;
- des conditions de travail décentes pour les travailleuses et travailleurs du communautaire ;
- la reconnaissance pleine et entière du rôle fondamental des organismes communautaires ;
- la protection de l’autonomie des groupes et la fin du financement précaire
Il est important de le dire : cette lutte ne concerne pas uniquement les salaires. Il s’agit d’avoir suffisamment de personnel, des heures d’ouverture qui répondent réellement aux besoins, et des conditions de travail qui ne placent pas les travailleuses – majoritairement des femmes – dans la précarité.
Depuis près de 40 ans, La Mouvance œuvre à améliorer les conditions de vie des femmes. Saviez-vous que plus de 80 % des travailleuses et des personnes impliquées dans le milieu communautaire sont des femmes ? Pour l’équipe et le conseil d’administration, il est donc cohérent, et même essentiel, de poursuivre cette lutte. Nous avons une double raison de nous engager.
Ça fait longtemps qu’on essaie autrement. Des pétitions, des rassemblements, des rencontres, des appels à l’aide… et pourtant, rien ne change vraiment. La grève sociale, c’est peut-être le tournant qu’il nous faut. Une façon claire de dire : assez, c’est assez.
On appelle donc à se lever ensemble, partout, même avec peu de moyens. Plus on est nombreux.ses, plus on est solides. Une grève coordonnée, c’est un geste fort qui peut forcer les décideurs à enfin prendre le temps de nous écouter.
Parce que la vérité, c’est que c’est pas juste le communautaire qui est à boutte, c’est tout le Québec. Quand on ne peut plus faire notre travail, c’est toute la société qui en paie le prix. L’action communautaire autonome, c’est un trésor collectif. Protéger notre autonomie, c’est protéger notre voix, nos valeurs et notre capacité de prendre soin du monde.
On est à boutte.
Mais on est ensemble.
Pis ensemble, on est capables de faire du bruit. ✊💜

